SADOMASOCHISME : CE QU’IL FAUT SAVOIR AVANT DE SE LANCER

SADOMASOCHISME : CE QU’IL FAUT SAVOIR AVANT DE SE LANCER

Le film événement «  50 Nuances de Grey », qui sort en salles mercredi, aborde le thème de la domination et du masochisme. Mais de quoi parle-t-on exactement ? Gala Fur, auteure de nombreux ouvrages* sur l’univers SM, nous explique ce qu’est vraiment le sadomasochisme et comment en parler avec son partenaire. Interview.

Comment expliquer ce désir chez certaines personnes d’être dominé(e) ou dominant(e) avec son/sa partenaire ?

Gala Fur. Cette pulsion est présente en général chez la personne bien avant qu’elle soit en couple. On peut très bien ne pas en être conscient et découvrir au cours de sa vie que l’on est attiré par ces pratiques. Dans un couple, la personne qui a envie de vivre une expérience sadomasochiste (SM) en parle à l’autre : si l’autre aime ça, la relation devient une complicité très fructueuse. Le SM à l’intérieur d’un couple, lorsqu’il est bien vécu, est un moyen de devenir extrêmement tolérant, d’accorder beaucoup de liberté à l’autre. Il s’agit de s’octroyer des fantasmes réciproquement dans une relation de franchise. Dans une relation SM épanouie, la confiance est très importante.

 Existe-t-il des conseils pour aborder le sujet de ces jeux sexuels avec son/sa partenaire ?

Gala Fur. C’est important de lire des manuels, des guides sur les jeux et le SM pour savoir où ils vont. Je pense qu’il faut avoir une prise de conscience. C’est déjà un premier pas d’offrir un de ces guides à son conjoint ou sa compagne quand on a envie de jouer et de voir sa réaction. Ce qui aide aussi, c’est d’aller, en couple, dans une boutique d’accessoires pour voir comment l’autre réagit face à ces objets. Mais vous pouvez, un soir, lui demander : « Et si je te donnais carte blanche ce soir, qu’exigerais-tu de moi ? » C’est une très bonne façon d’aborder le sujet dans un couple.

Avant de se lancer dans l’expérience « BDSM », faut-il mettre en place des règles avec son/sa partenaire ? Lesquelles ?

Gala Fur. Une chose importante : il faut un consentement absolu des deux partenaires avant de se lancer dans une expérience SM. Le couple doit parler avant des pratiques qu’ils vont effectuer. La parole est très importante. Si le partenaire n’a pas envie d’avoir les mains attachées ou les yeux bandés, il faut le définir à l’avance. Il s’agit ensuite de guider l’autre pour qu’il procure le plaisir souhaité. Il faut également mettre en place un mot d’arrêt, c’est-à-dire un signe pour dire que l’on veut stopper le jeu, l’arrêter. Il y a beaucoup de mots d’arrêt. Aux Etats-Unis, le mot d’arrêt traditionnel est « mayday », mais c’est très militaire. En France, on peut dire « rouge », « fraise » ou encore« pouce ». Ces accords entre les deux personnes écartent une atmosphère d’angoisse ou de stress. Ne pas savoir comment cela va se dérouler ou comment arrêter le jeu ne permet pas le lâcher-prise et la confiance nécessaires à ces pratiques.

Une inversion des rôles dominant/dominé dans le couple est-elle possible ?

Gala Fur. Le « switch », c’est ainsi que l’on appelle cette inversion des rôles, est tout à fait possible. Mais faire changer un homme dominateur en dominé, c’est très difficile. Certains hommes ont beaucoup d’ego et l’ego est un ennemi du sadomasochisme. Pour certains dominateurs, changer de rôles est hors de question. A l’intérieur d’un jeu SM, il est très facile qu’une fessée, par exemple, change de sens.

Peut-on imaginer qu’une femme dominante au travail aime la soumission dans l’intimité ?

Gala Fur. Oui, on serait surpris de certains profils, mais c’est pareil pour les femmes et les hommes. Quand on est dans le contrôle et la concentration toute la journée au travail, on peut avoir envie, le soir, de se laisser faire et d’être dirigé sous la gouverne d’une autre personne. Il s’agit de lâcher-prise en fait. Ce qui peut stimuler certaines personnes, c’est de supprimer un sens ou la motricité. Avoir les yeux bandés ou les mains attachées crée une contrainte mais donne une toute autre perception à la relation sexuelle.

La domination et le sadisme, est-ce vraiment la même chose ?

Gala Fur. Le sadisme n’est pas dans l’empathie et n’a pas besoin du consentement de l’autre. Alors que dans le masochisme, il y a des accords, des limites prédéfinis par le couple. Le marquis de Sade, par exemple, ne s’embarrassait pas de demander le consentement de ses esclaves, il n’y avait pas de mots d’arrêt, de signes pour stopper le « jeu ». On parle d’abord d’une relation de domination avant de parler d’une relation sadomasochiste. Dans cette dernière, il peut y avoir une notion de douleur. Aux États-Unis, on définit très bien le « top space » et le « sub space ». Le premier, c’est l’état d’esprit d’une personne qui a complètement le contrôle de la situation. L’autre terme est l’état de lâcher-prise dans la position de soumission. Mais précisons aussi que le masochisme, c’est le consentement des deux partenaires, il y a un contrat moral. Le sadisme, c’est le contraire. Les gens ne doivent pas faire l’amalgame.

Il y a eu une évolution dans les pratiques SM ?

Gala Fur. Oui. Les yeux bandés ou les mains attachées sont des pratiques beaucoup plus à la mode que le fouet, par exemple. Les châtiments corporels étant de plus en plus bannis de notre société. Les séances de flagellation sont donc moins demandées. Il n’y a plus la recherche de ces expériences corporelles extrêmes qu’il y avait avant. En revanche, le bondage, la corde, sont très à la mode. Il y a beaucoup de personne qui, en sortant du travail, se rendent dans des lieux réservés au bondage.

Pensez-vous que la sortie du film « 50 nuances de Grey » donnera envie aux couples non-initiés de tenter l’expérience SM ? Et est-ce un bon exemple ?

Gala Fur. Après la sortie du livre, les ventes d’objets SM (menottes, bandeaux) ont beaucoup augmenté dans les magasins spécialisés. Il y a eu un effet, les gens ont eu envie de « jouer ». Grâce au livre, beaucoup de personnes ont découvert que le SM pouvait être pratiqué par eux. Avant, ces pratiques étaient considérées comme extrêmes et dangereuses. Cette trilogie a considérablement banalisé ces pratiques. Mais l’histoire du livre en elle-même est un peu décevante. Elle aurait pu se dérouler dans les années 20 : un homme riche rencontre une jeune femme, il lui propose du travail et la prend en charge. C’est un schéma très classique, pas très moderne. Mais c’est la mode des romances légèrement épicées, comme les livres d’Harlequin il y a quelques années. En revanche, j’attends avec impatience le film avec Emmanuelle Béart, « La Maitresse ».

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